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Plaisir de recevoir

June 23, 2017

Recevoir dans les publicités et dans la réalité des années 60 c'ést le plus souvent une obligation sociale : on met les petits plats dans les grands et la maîtresse de maison passe de longues heures dans sa cuisine pour faire honneur à ses invités.

 

 Modes et Travaux septembre 1961

 

Hôtesse sur son trente-et-un, table soigneusement dressée, fleurs, poulet rôti -gloire culinaire de l'époque-, tout est impeccable sur cette publicité...sauf la vaisselle. La publicité donne à la vaisselle Arcopal en verre trempé un statut qu'elle n'a pas en réalité, car jugée indigne de figurer sur une table de fête.

 

Recevoir c'est aussi proposer un apéritif, présenté sur une table roulante, peu pratique, mais chic.

 

 Catalogue primes magasins J, 1965

 

Le  bouquet est japonisant, la maitresse de maison en petite robe noire sourit tout en essayant de négocier sans encombre le transport de sa table roulante brinquebalante. Quelques années plus tard, malgré un papier peint psychédélique assorti à la robe de l' invitée, l'ambiance est aussi peu détendue. L'inévitable poulet s'est fait aussi gros que la dinde de Noël, les bougies s'épuisent à luire sous les néons et le champagne tiédit dans son seau en plastique métallisé :

 

 Catalogue Familistère 1969

 

Quelques mois plus tard  tout change. Une joyeuse bande décontractée s'ébroue autour d'un plat unique :

 

 La Maison de Marie-Claire mars 1970

 

La génération qui a fait mai 68 est avide de liberté dans tous les domaines. Les jeunes ne supportent plus le côté guindé des dîners de leur enfance. Les copains sont devenus la seconde famille et le repas est une fête où l'on s'emploie à faire l'inverse de ce que faisaient les parents. Ce changement est facilité par les nouveaux produits. Les convives sont gais et détendus nous assure la publicité, grâce au réchaud de table qui permet de tremper dans un bain d'huile chaude des morceaux de viande, accompagnés de sauces mayonnaises variées. Ce plat roboratif se nomme on ne sait pourquoi : fondue bourguignonne. La version à base de fromage  est très appréciée également, et on peut s'amuser avec les filaments de gruyère. Les publicités pour les appareils de cuisson se multiplient dans les revues.

 

 Modes et Travaux novembre 1972

 

C'est la fête et quel bonheur de s'empiler debout autour d'un minuscule caquelon posé sur une toile cirée à fleurs! Et c'est encore mieux si les convives sont  assis par terre, tassés autour du récipient d'huile bouillante coincé sur un minuscule tabouret.

 

 

 Modes et Travaux mai 1970

 

On peut aussi cuisiner autre chose que des fondues sur ces réchauds et pourquoi pas des pâtes?  Rien de plus facile sur un bateau, par exemple, pour être plus à l'aise et avec quelqu'un qui joue du jembé, c'est pas énervant du tout. Ah le bonheur d'être en mer pour manger des platées de nouilles sans rien! La marque Rivoire et Carret en fait peut-être un peu trop dans sa publicité de repas copains.

 

 Modes et Travaux novembre 1972

 

Les fabricants de vaisselle  ne sont pas en reste devant cette nouvelle forme de sociabilité. La faïencerie de Gien, située dans le Loiret et qui produit des services de table très traditionnels, s'engouffre dans cette nouvelle mode et décline de très nombreux modèles, adaptés à ces agapes nouvelle mode. Voici le service à choucroute, dans les tons bruns accompagné de ses chopes à bière :

 

 La Maison de Marie-Claire 1973

 

On continue avec le service pour buffet campagnard, un des fleurons d'une soirée copains réussie.

 La Maison de Marie-Claire 1973

 

 

L'entreprise se soucie de la maîtresse de maison, esseulée dans sa cuisine quelques années auparavant. Elle est de la fête maintenant grâce au service marmiton. Gien proposera jusqu'à 16 services spécialisés, de quoi faire une overdose de soirées décontractées.

 

La Maison de Marie-Claire septembre 1972

 

La concurrence ne reste pas les bras croisés, d'autant plus que les produits Gien sont assez onéreux. Duralex, qui fabrique de la vaisselle en verre coloré veut sa place dans ces soirées où le mot d'ordre est de s'amuser, y compris avec sa grand-mère. Il semble qu'à l'époque la fête est  complète quand les invités s'écrasent devant le buffet pour attraper une tranche de  galantine ou de tarte aux pommes, alors que quelques années plus tôt, ils s'ennuyaient devant ces mêmes mets servis dans des assiettes avec des couverts.

 Modes et travaux octobre 1973

 

Après la céramique et le verre coloré, voici la vaisselle en carton, à usage unique, qui évite la corvée de vaisselle.  

 

 Publicité Lotus, 100 Idées, mai 1977

 

 

Puis c'est l'apparition des biscuits qui accompagnent l'apéritif. C'est une mode qui perdurera. Mais vers la fin des années 70 la fête est plus maîtrisée, les invités portent robes et vestes et ne se ruent plus sur le buffet.

 

100 idées, janvier 1979

 

Et pour terminer cette revue des agapes décontractées des années 70, voici une publicité pour de la bière. Et quoi de mieux pour animer la fête qu'un tonnelet  autour duquel les convives se pressent dans une ambiance quasi hystérique. La mise en scène de la photo suggère une lecture différente qui laisse présager d'autres amusements moins innocents...

 

 Modes et Travaux 1970

 

 

 

 

 

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