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Lourdes : les débuts des marchands du temple

March 24, 2017

Lourdes, petite cité des Pyrénées, voit son destin basculer quand l’Église de France reconnaît en 1862 l'authenticité du témoignage de Bernadette Soubirous sur ses apparitions qui ont eu lieu à dix-huit reprises, pendant l'année 1858.  Elle affirme que c'est Marie, la mère de Jésus que Bernadette a vue dans la grotte près du Gave. Très vite, les croyants viennent de toutes parts et un premier pèlerinage est organisé le 1 août 1864. La gare de Lourdes accueille en 1866 le premier train de pèlerins. Les malades vont affluer dans la cité, espérant être guéris miraculeusement par des bains dans les piscines de l'eau du Gave. Le parcours comprend aussi les prières devant la grotte et l'assistance aux cérémonies dans les divers lieux de culte bâtis à cet endroit. Une basilique est mise en chantier en 1866 et domine la grotte. Bernadette, qui n'a pas le profil d'une sainte selon la religiosité de l'époque, quitte opportunément Lourdes en 1866 pour Nevers et entre dans l'ordre des Sœurs de la Charité. Lourdes devient une destination à la mode et toute une industrie   se met alors en place pour accueillir, héberger et divertir cette nouvelle clientèle.

 

 Photographie Bernadette Soubirous, site Wikipedia

 

Il faut d'abord loger et nourrir tous ces visiteurs. Les hôtels et pensions se multiplient. Leurs publicités vantent la proximité avec les lieux sacrés et avec la gare, longtemps seul point d'accès pour les voyageurs éloignés.

Carte "Châlet Notre-Dame de l'Aumône"

 

 L'hôtel de la Chapelle, construit tout près des lieux de culte, porte sur son fronton et sur sa  publicité le nom de Jean Soubirous. Il ne s'agit pas d'un frère de Bernadette. Cet hôtel appartenait à Benoîte Toulet, qui avait épousé Jean Soubirous, un lointain parent des grands-parents de Bernadette, et qui mettait en avant ce patronyme célèbre. (Source : site du patrimoine de Lourdes). Elle fit construire avec son mari le Grand Hôtel moderne en 1896. La carte de l'hôtel de la Chapelle semble assez ancienne car les aménagements du site sont peu avancés.

 

Carte "Grand Hôtel de la Chapelle"

 

Le nom de Soubirous fait vendre. "Pierre Soubirous, neveu de Bernadette" édite des cartes postales. On voit son nom en bas à droite de la carte. C'est le fils de Jean-Marie Soubirous, seul frère de Bernadette à avoir eu une descendance.

 

 Carte postale, Pierre Soubirous éditeur

 

Des magasins proposent des objets de piété et des articles variés aux touristes qui rapportent chez eux des souvenirs de leur voyage. La couverture du prospectus du Magasin de l'Ermitage, illustrée d'une crucifixion, est assez peu attirante . Judicieusement, un avis au dos du feuillet demande : "ne jetez pas cette image afin d'éviter qu'elle soit foulée aux pieds". Entrée libre, prix fixe, remboursement d'un objet moins cher acheté ailleurs : tous les codes du commerce moderne sont présents. On aide le visiteur en lui suggérant "de faire bénir vos objets religieux ou les faire toucher à la Grotte, avant de les porter à votre hôtel".

 

 

 

 Dépliant "Les magasins de l'Ermitage"

 

De nombreuses publicités rappellent aux pèlerins de faire toucher les objets à la grotte qui seront ainsi bénis. Le prospectus de la marque Fix insiste sur la qualité des bijoux dignes d'être rapportés en souvenirs.

 

Prospectus bijoux Fix, années 20

 

L'eau du Gave, qui coule devant la grotte où surgit une source découverte par Bernadette est supposée avoir des propriétés miraculeuses qui  s'étendent à la nature environnante. C'est ce qu'affirme le laboratoire Mazel, fabricant de la Mazeline "reconstituant souverain" fait de plantes cueillies "aux environs de Lourdes ; de là leurs merveilleux résultats". Des vers de mirliton mêlent vision divine et vantardise publicitaire.

 

Carte publicitaire, La Mazeline

 

 La sobre carte de visite pour les pastilles de Lourdes ne va pas aussi loin dans les promesses que les laboratoires Mazel, mais elle mentionne que les bonbons sont fabriqués "à l'eau de la grotte". Gourmandise et piété font bon ménage.

 

 

Bernadette est pratiquement absente sur les publicités anciennes. Les photos d'elle sont peu reproduites. Les dessins et gravures la  montrent de trois-quarts dos dans une position de prière très démonstrative. L'apparition, décrite  comme une petite fille, presque une enfant, est en fait toujours représentée comme une femme, vêtue d'une longue robe et d'un voile blancs, une ceinture bleue à la taille, un chapelet autour du bras droit.  La première statue de la vision mariale date de 1864. Elle est l’œuvre de Joseph Fabisch, sculpteur lyonnais. Il rencontre Bernadette mais sa représentation est très classique. C'est la statue en marbre blanc qui se trouve dans la grotte.

 Statue de la grotte (source Wikipedia)

 

Cette statue est assez peu copiée. De nombreux ateliers de statuaire religieuse proposent des sculptures de la Vierge de Lourdes mais elles sont toutes différentes. Pauline Carminati, restauratrice, recense sur son blog les variantes des sculptures de Notre-Dame de Lourdes (Voir le lien en note). Chaque fabricant a son modèle. Cette variété se retrouve sur les publicités. La statue lève ou baisse la tête, les pans de sa ceinture sont plus ou moins écartés. Une constance cependant : la vision est entourée de roses, ce qui idéalise et rend plus attrayant le lieu de l'apparition, une anfractuosité sombre, située dans un lieu à l'écart.

 

Carte postale "Hôtel Belge"

 

 

L'apparition représentée sur la couverture du dépliant des bijoux Fix, évoque les années 1920 par les traits du visage :

 

 

 Prospectus pour les bijoux Fix, années 20

 

 

Parfois l'inspiration est plus fantaisiste, comme dans cette image, publicité pour les magasins

"A Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus".

 

Publicité au dos, Magasin  "A Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus"

 

 

 

De nombreuses cartes préfèrent montrer le site de l'apparition et la sculpture se découpe par sa blancheur sur le fond obscur de la grotte :

 

Carte postale, éditée par le chocolat Louit

 

Une publicité originale pour  terminer. "Le carillon de Lourdes, la douce voix des anges de votre foyer" produit par l'entreprise Vedette en 1951 :

 

Revue Le Monde illustré, 1951

 

 

Le pèlerinage de Lourdes repose sur trois éléments : l'apparition d'une divinité bienveillante, la grotte, un  lieu mystérieux  clairement identifié et  une source d'eau aux vertus curatives. Le commerce touristique a bien su tirer parti de ces spécificités pour encourager des pratiques qui n'ont qu'un rapport bien lointain avec l'expérience unique de Bernadette.

 

 

A consulter : le blog de Pauline Carminati, restauratrice de statues anciennes,  sur la statuaire religieuse du 19e siècle. Elle recense et identifie les diverses variantes de Notre-Dame de Lourdes à partir d'anciens catalogues publicitaires. Pauline Carminati, "Répertoire Notre-Dame de Lourdes_1", Raffl & Cie [en ligne], 25/09/2016. Lien : https://raffl.hypotheses.org/515,

 

www.patrimoines-lourdes-gavarnie.fr/

Ce site recense le patrimoine remarquable de la ville de Lourdes. Les photographies sont accompagnées de notices historiques.

 

 

 

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