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Le quinquina, l'apéritif des petits et des grands...

March 10, 2016

Les apéritifs à base de quinquina, un peu oubliés de nos jours, ont connu une grande vogue durant la première moitié du 20e siècle. Le quinquina est une écorce provenant d'un arbre d'Amérique du sud. Ce végétal a des propriétés toniques, apéritives et fébrifuges. Il est, dès le début du 19e siècle, utilisé en macération dans du vin et de l'alcool pour constituer une boisson qui se prend avant les repas. Joseph Dubonnet crée en 1846 une des premiers apéritifs à base de quinquina, destiné tout d'abord aux troupes coloniales. Les marques se multiplient au cours du siècle. Le vin de quinquina est très facile à produire, puiqu'il provient d'un macération des écorces dans du vin additionné d'alcool. Chaque fabricant y ajoute des concentrés aromatiques, tels que des écorces d'orange, du café et des parfums pour se démarquer de ses concurrents.

 

Le dictionnaire médical Larousse de 1912 donne une recette de vin au quinquina : on fait macérer 30g d'écorces de quinquina dans un litre d'alcool à 60° pendant 24 heures, on ajoute un litre de vin rouge et on attend dix jours avant de filtrer et de consommer la boisson. Il est recommandé de prendre un ou deux verres par jour, une demie-heure avant le repas.

 

La confusion entre boisson plaisir et médicament est soigneusement entretenue par la publicité que font les producteurs. Le vin de quinquina est présenté comme un fortifiant et peut être consommé à tous les âges. Des fabricants ajoutent à leur produit des extraits de viande (voir le post précédent) pour en renforcer les qualités tonifiantes. Les enfants, qui, à l'époque, peuvent souffrir d'anémie ou avoir des problèmes de santé, font donc partie des consommateurs ciblés. On le voit dans cette publicité pour le vin Aroud, fabriqué en laboratoire. :

 

 Carte publicitaire, années 1900

 

La plupart des fabricants mettent en avant la consommation festive de leur produit, tout en gardant une justification médicale. Une partie des publicités va donc cibler les générations, que l'on met en scène, du bambin au vieillard. Eugène Ogé, célèbre affichiste, aligne des têtes réjouies dans un bandeau pour Dubonnet :

 

 Carte publicitaire, d'après Eugène Ogé, années 1900

 

Dans une bonne humeur générale, la nourrice tend un verre de Dubonnet aux bambins sous sa garde pendant que le grand frère se régale. Le jeune couple flirte et les deux vieillards trinquent en souriant.

 

Cette mise en scène générationnelle est reprise par d'autres illustrateurs pour des marques concurrentes. Dans les années 20, Joseph Hémard adosse ses buveurs à un gigantesque verre d'apéritif dans une sorte de degré des âges inversé, à la gloire de Toni-Kola :

 

 Carte publicitairen années 1925

 

De la naissance à la mort, on boit du  Vichy-Quina affirme cette publicité, surmontée  du slogan "Qui a bu, boira" qui, de nos jours, serait diversement apprécié :

 

 Carte publicitaire années 1930

 

Dans les années 30, les publicités abandonnent ces  représentations générationnelles pour s'intéresser aux familles  de manière plus intimiste et plus réaliste. C'est le couple entouré de ses enfants qui prend l'apéritif autour de la table. C'est le cas pour Dubonnet :

 

Publicité 1937

 

La marque met toujours en avant les arguments médicaux et s'adresse à la mère qui  a le souci de la bonne santé des siens.  Il est certain qu'avec un verre d'apéritif à 15°, l'optimisme s'invite à la table familiale!

 

 

Byrrh n'est pas en reste :

 

Publicité 1935

 

Byrrh utilise les mêmes arguments que ses concurrents, mais précise quand même que le produit est inoffensif. Quand à être consommé par tous, on voit que le bébé, et même le chien sont intéressés.

 

L'apéritif Bonal, qui est à base de quinquina et de plantes de montagne, joue lui aussi la carte de la boisson familiale bonne pour la santé. La marque est connue pour son slogan "Bonal ouvre l'appêtit," symbolisé par une clé qui ouvre un estomac. La publicité ci-dessous montre la façade du pavillon Bonal à l'exposition universelle de 1937 (l'estomac a été omis) :

 

 L'Illustration 1937

 

L'apéritif célèbre la famille en réunissant les visages d'un couple et d'un enfant en train de boire :

 

Dépliant Bonal 1938

 

 L'argument d'autorité apporté par le soutien du corps médical est utilisé dans la publicité suivante :

Dépliant Bonal 1938

 

La consommation d'alcool diminue drastiquement durant les années de guerre et d'Occupation. L'alcool est utilisé pour la fabrication d'explosifs. Le gouvernement de Vichy, les autorités religieuses et les collaborateurs tonnent contre la "France de l'apéro" qui a perdu la guerre... Les beaux jours reviendront et avec eux la vogue de l'apéritif. Pendant les années 50, les enfants sont encore mis à contribution pour inciter à consommer des apéritifs au quinquina, mais plus rarement. On trouve un petit coursier sur un buvard des Coopérateurs, avec le même argumentaire qu'auparavant pour une préparation à réaliser à la maison. Mais les marques vont ensuite modifier profondément leurs publicités et abandonner totalement le prétexte médical, puis l'utilisation d'enfants, et centrer leur communication sur des valeurs hédonistes.

 

 Buvard, années 1950

 

 

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