© 2023 by IN Studio. Proudly created with Wix.com

 

  • b-facebook
  • Twitter Round
  • b-googleplus

Un boeuf dans un cube : les extraits de viande dans la publicité

February 8, 2016

     La viande, dans le passsé, était un aliment désirable et très apprécié, mais souvent hors de portée du budget des petites gens. Elle coûtait cher à l'achat, et il était difficile de la conserver et de la transporter.

 

     De nombreux savants et inventeurs recherchent, au long du 19e siècle des moyens économiques et pratiques pour fournir de la viande à une population trop pauvre pour en consommer. Liebig, un savant allemand, met au point une méthode qui permet d'extraire les éléments nutritifs de la viande de boeuf en la cuisant dans de l'eau chaude. Le bouillon obtenu est réduit pour être vendu sous forme d'extrait à ajouter à de l'eau pour cuisiner rapidement un plat chaud. Ce bouillon, pense Liebig, est aussi nourrissant que la viande, il ne se corrompt pas et il est facile à transporter. Le savant s'associe avec un industriel d'Uruguay qui lui propose de construire une usine de production dans le pays. En effet, les agriculteurs des pays d'Amérique du sud élèvent des boeufs pour les peaux et la graisse et ne savent que faire de la viande qui est jetée.

Une première usine est construite en Uruguay à Fray Bentos et le produit arrive par bateau en Europe. Liebig fait vérifier la qualité des extraits et les garantit par sa signature à l'encre bleue :

 

 Chromo Liebig

 

Dans la recette présentée, l'extrait Liebig ne joue qu'un rôle mineur d'exhausteur de goût, assez loin des prétentions de nourriture substantielle.

 

A la fin du siècle, plusieurs entreprises fabriquent des extraits de viande. On trouve même une marque de confiture nutritive au jus de viande concentré. Elle est destinée aux malades et aux enfants qui sont enchantés, comme le montre le dessin naif de l'étiquette. Apparemment du sucre a du être ajouté à a préparation :

 

 Etiquette fin du 19e siècle

 

D'autres préparations d'extrait de viande sont brevetées dans les années 1900. Julius Maggi, entrepreneur suisse, dépose en 1907 le brevet de fabrication du bouillon Kub et sa boîte carrée de couleurs rouge et jaune. Des plaques murales Kub installées partout en France sur les maisons soulèvent la suspicion au début de la guerre de 1914. La population pense que Kub est une marque allemande et que les publicités sont des informations destinées aux armées d'invasion.

 

 Livret de recettes Kub années 1920

 

 

 

 Facture bouillon Kub

 

En France, la distinction entre aliment et médicament n'est pas très nette. Des pharmaciens créent et commercialisent des produits qui sont des extraits de viande, mais vendus en pharmacie. La Musculosine en est un exemple(1). Le pharmacien Byla rachète en 1905 le brevet de fabrication d'une préparation à base de muscle, sang et os de boeuf, qui est vendue dans "toutes pharmacies et maisons de comestibles". Le fabricant fait beaucoup de publicité sous forme de chromos, avec au dos, la représentation du boeuf et des arguments publicitaires. On appréciera la mention "absence totale de tous germes nocifs" :

 

 Chromo Musculosine Byla

 

La marque Bovstrol a de vastes ambitions de guérison de nombreuses maladies et anémies. Au suc musculaire de boeuf, on a ajouté du Sulfate de Strychnine, ce qui est supposé, à l'époque, être un composant de qualité. Le Bovstrol était vendu dans les années 1930 :

 

 Affichette publicitaire Bovstrol

 

Les publicités pour les bouillons de viande sont très nombreuses. On les trouve dans la presse et, au début du 20e siècle, sur des chromos. Pour la plupart, elles mettent en scène le boeuf, représenté de manière réaliste, dans un environnement souvent de fantaisie. Il triomphe sur un chromo Liebig  :

 

 

L'humour n'est pas absent des publicités. Le boeuf, accompagné de légumes hilares, se précipite dans la marmite de bouillon, devant une cuisinière interloquée pour le bouillon Maggi :

 

 Publicité Maggi, années 1900

 

Benjamin Rabier, célèbre illustrateur,  représente deux boeufs, cousins de la Vache qui Rit. Ils vont être vendus pour faire du bouillon, perspective qui semble à juste titre les terroriser :

 Publicité Maggi années 1920

 

Les fabricants de bouillon concentré publient de nombreux livrets de recettes, dans lesquelles l'extrait sert d'exhausteur de goût. Maggi met en scène un petit cuisinier, qui deviendra un emblème de la marque :

 

 Livret de recettes Maggi, années 1920

 

 

Le boeuf continue dans les années 1950 à illustrer les publicités de bouillon concentré. Il évoque le taureau des corridas dans la publicité Pot-au-Feu  Maggi :

 

 Livret Maggi

 

C'est toujours le boeuf qui occupe le centre de cette publicité Maggi dans la revue Modes et Travaux de 1956. Mais il a perdu de sa superbe : sa tête comme dans l'ombre surmonte un corps aux pattes et à la queue de légumes :

 

 C'est que le boeuf est en train de disparaître des publicités. Les générations nouvelles ne connaissent plus vraiment les animaux de la ferme, qui, à terme peuvent paraître plus exotiques que les lions, tigres, voire dinosaures...On mange de la viande, mais on n'aime plus voir l'animal représenté de manière réaliste dans les publicités.

 

Les additifs alimentaires à base de concentré de viande font toujours de la publicité, mais la viande passe au second plan. C'est la ménagère qui va prendre la vedette. Les publicités valorisent la facilité d'emploi et la rapidité de préparation. Mais le bouillon Kub garde toujours son logo et ses couleurs.

 

 Modes et Travaux 1966

 

(1)Revue d'histoire de la Pharmacie 2007, n°353 p. 158-159.

Please reload

Featured Posts

L'Ecole au service de la publicité

July 5, 2018

1/9
Please reload

Recent Posts

June 23, 2017

November 15, 2016

Please reload

Follow Us
Search By Tags