© 2023 by IN Studio. Proudly created with Wix.com

 

  • b-facebook
  • Twitter Round
  • b-googleplus

Un rôle dévolu à la femme : porter le deuil...

October 18, 2015

   Catalogue Deuil La Samaritaine 1918

 

     Le deuil est un rite éminement social. Signe parmi les plus anciens des civilisations humaines, il est très pratiqué en France jusqu'au milieu du 20e siècle. Ses manifestations  touchent  pratiquement tous les aspects de la vie quotidienne. Le chagrin est une affaire privée et c'est le deuil, porté ostensiblement, qui témoigne de l'histoire d'une famille, des degrés de parenté et de la place de chacun dans l'échelle sociale.

 

     Le deuil est extrêmement codifié selon le sexe et la plus ou moins grande parenté avec le défunt. Passée la cérémonie de l'enterrement, c'est par le vêtement et la parure que l'on manifeste cet état. Les hommes sont habituellement vêtus de noir ou de couleurs foncées, ils  ajoutent simplement un brassard de crêpe noir sur leur veste ou manteau. Ce sont les femmes qui sont  les plus concernées et qui doivent se plier à des obligations très rigoureuses  : le deuil de la veuve, qui est le plus long, dure un an et six semaines et celui du veuf un an seulement. Durant les six premiers mois, la veuve doit porter un long voile de crêpe noir, des vêtements sans ornementation et des bijoux de bois noircis. Puis le deuil se fait moins pesant pour parvenir vers les dernières semaines au demi-deuil qui autorise le blanc et les couleurs grises, parmes et violettes. Les journaux féminins consacrent régulièrement des pages spéciales à ces costumes. Jusqu'au début du 20e siècle, c'est pendant l'été que la mode deuil emplit les pages des revues, car c'est une saison creuse pour la confection. Le vêtement de  deuil féminin suit les évolutions de la mode, d'une manière adoucie :

 

 La Mode Illustrée août 1883

 

     Les règles du deuil sont tellement compliquées qu'un rappel continuel est nécessaire. On trouve un "règlement du deuil" en une double page du catalogue spécial deuil de La Samaritaine de 1918 :

 

 On remarque que les enfants doivent porter le deuil ainsi que les domestiques de la maison.

 

Ces pratiques ont fait vivre des industries très variées :  ateliers de fabrication d'ornements de cimetière, bijoutiers, couturiers, teinturiers ... Des magasins et ateliers de couture se spécialisent pour offrir leurs services et garantissent une livraison immédiate. Un magasin de deuil de Blois promet des "commandes exécutées en 12 heures" et fournit aussi lingerie, gants et bijoux :

 

 Affichette vers 1880

 

Les bijoux se font en jais ou en bois noirci :

 

 Catalogue deuil La Samaritaine 1918

 

Le deuil s'attache au moindre détail. Même les mouchoirs sont concernés et sont entourés de noir :

 

 

Catalogue deuil La Samaritaine 1918

 

 

La première guerre mondiale marque un tournant dans le deuil. De très nombreuses femmes perdent un père, un mari, un ou des enfants et vont en porter le deuil, parfois à vie. Tous ces morts au combat vont laisser des milliers de femmes, qui, par le deuil, vont témoigner de la perte qu'elles ont éprouvée et rendre ainsi visibles  tous ces absents. Les grands magasins proposent des vêtements de deuil dans les premières pages de leurs catalogues généralistes. Les gravures présentent des silhouettes féminines enfouies sous les voiles, y compris dans les catalogues d'été :

 

Catalogue Au Louvre, été 1924

 

 La gravure de première page de la revue "Le Petit Echo de la Mode" met en scène jeunes femmes et enfants en deuil en 1923 :

 

 Le Petit Echo de la Mode, novembre 1923

 

Une évolution se dessine à partir de la seconde moitié des années 20. Le deuil est présent mais les vêtements de deuil ressemblent de plus en plus, par leur coupe et leur ornementation, aux toilettes à la mode. En particulier le voile tend à diminuer,  avant de disparaître et les ourlets raccourcissent :

 

 Catalogue  Au Louvre, été 1929

 

 

Cette évolution va se poursuivre au cours des années 30 et les signes caractéristiques du deuil pour les femmes, tels le voile de crêpe, les bijoux en bois ou en jais sont de moins en moins arborés. Le deuil, limité au port de vêtements noirs, reflète plus une démarche individuelle qu'un rite social.

 

 

 

 Le Petit Echo de la Mode novembre 1931

 

Le catalogue du grand magasin Au Louvre présente encore en 1935 des toilettes de deuil spécifiques, mais elles sont reléguées loin des pages d'appel et les costumes présentés ne diffèrent en rien des tenues à la dernière mode. Les chapeaux sont vendus seuls ou accompagnés d'une écharpe en crêpe et non plus d'un lourd voile :

 

 Catalogue Au Louvre, hiver 1935/1936

 

Vers la fin des années 30, les pages destinées aux tenues de deuil disparaissent des catalogues. Le port d'un vêtement noir suffit à remplir les obligations sociales. Le noir est par ailleurs une couleur qui est très à la mode tout au long du siècle. Il demeure néanmoins que de nombreuses femmes ayant perdu un proche durant la Grande Guerre ont porté le deuil pratiquement toute leur vie.

 

 

Please reload

Featured Posts

L'Ecole au service de la publicité

July 5, 2018

1/9
Please reload

Recent Posts

June 23, 2017

November 15, 2016

Please reload

Follow Us
Search By Tags