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  • Marie Bertrand

Quand la France était fière de ses centres commerciaux, un petit tour d'horizon en cartes postales

Dans le passé, les Français, pour faire leurs courses, avaient le choix entre les petits commerces, les marchés, les grands magasins et leurs succursales. Dans les années 70, ce modèle va profondément se transformer. De grandes enseignes vont organiser la vente de détail dans de gigantesques centres en libre-service, les hypermarchés, accessibles en voiture. Ces centres commerciaux vont se doter de restaurants rapides et de boutiques spécialisées pour parfaire leur attractivité. Les consommateurs plébiscitent ces nouveaux temples de l'abondance, qui, signe de leur popularité, sont immortalisés sur des cartes postales.


1950-1960, le renouveau du petit commerce


A la sortie de la guerre, le commerce reprend tout doucement et les pénuries perdurent jusqu'à la fin des années 40. Les besoins en nouveaux logements sont immenses. Il faut reconstruire et faire face au baby-boom. De nouveaux quartiers apparaissent, constitués d'ensembles d'habitat collectif. Les commerces occupent le rez-de-chaussée de bâtiments.


Franconville, résidence du Moulin, centre commercial


Les Français commencent à s'équiper en matériel électro-ménager, vendu dans des petits magasins. La marque Radiola, qui propose des radios, des téléviseurs et de l'électroménager, installe des détaillants dans tout le pays. On voit que les voitures n'ont aucun mal à se garer.

On peut aussi rassembler des commerces dans un bâtiment spécifique. Un exemple avec ce petit centre commercial à Argentan, en forme de soucoupe volante.


Argentan, centre commercial, rue du Béridien


Les deux commerces au centre de la photo sont encadrés par une boucherie et une boucherie chevaline. Dans les années 50, la viande est à la base de la plupart des repas.

On commence aussi à trouver de petits centres regroupant quelques enseignes au bord de la mer, proches d'un camping ou d'une route passante. Le centre du Clapet-Plage en Charente maritime est destiné aux estivants. On y trouve le syndicat d'initiative, un coop, une boucherie, une pâtisserie-glaces, un bazar et une poissonnerie. Le syndicat d'initiative dispose d'un téléphone public, un luxe dans un pays alors très sous-équipé.


Le Clapet-Plage, centre commercial


A la fin des années 60, les ZUP (zone à urbaniser en priorité) sont construites à la périphérie des villes. Il faut loger une population jeune qui vient travailler dans les agglomérations. D'immenses quartiers nouveaux, composés de barres et de tours sortent de terre. L'objectif principal est de construire rapidement et économiquement. L'aménagement autour des bâtiments est sommaire : des routes rectilignes, une pelouse, quelques arbres. Il arrive que les habitants n'aient aucun moyen de transport collectif et pas de commerces. Le plus souvent les boutiques sont rassemblées dans un espace dédié ou sur une place centrale. Sur cette vue du quartier Bellevue à Nantes les commerces sont répartis autour d'une grande place.


Nantes, Bellevue, boulevard Winston Churchill


Ce genre de disposition facilite la circulation et la visibilité des enseignes. Mais d'autres modèles ont existé. Les boutiques ont parfois été regroupées dans des petits centres fermés, entièrement piétonniers. Assez rapidement ce genre de centres, peu visibles, perdent de leur attractivité, et se vident progressivement de commerces et de vie. Une impression de claustrophobie émane de ces endroits. La photographie ci-dessous en est un bon exemple. Les petites boutiques sont écrasées par les immeubles voisins.


Rennes, centre commercial Gros Chêne


Tous ces centres favorisent le commerce traditionnel de détail, même si de petits libres-services apparaissent. La ménagère, qui fait ses courses aux Economats en 1957, circule sous l’œil attentif de l'épicière, sur cette couverture de catalogue, soigneusement posée.



1970-1980 : la déferlante des hypermarchés


Au tournant des années 70, le petit commerce de détail est concurrencé par la grande distribution qui fonctionne sur un modèle totalement différent. Dans un immense centre où il accède en voiture, le consommateur fait son choix parmi tous les produits proposés. Il doit pouvoir trouver l'alimentation, la droguerie, les appareils électro-ménagers, la parfumerie, les vêtements. Tous les secteurs de la distribution sont concernés. Le centre commercial est un nouvel eldorado, un temple de la consommation et du loisir. Il séduit particulièrement les jeunes générations qui ont connu les contraintes du petit commerce de l'après-guerre. Ces centres sont construits en périphérie des villes car il leur faut beaucoup de place. La recherche architecturale est réduite au minimum. Le centre, le plus souvent un immense entrepôt, est signalé par le logo de l'hypermarché.

Dans la banlieue de Nantes, la famille Decré, qui possède un grand magasin au centre ville, crée en 1967 l'hypermarché Record. Quelques années plus tard, le Sillon de Bretagne, un ensemble original et controversé de logements, et une galerie commerçante sont construits à proximité. Le parking est immense et indispensable car le centre rayonne sur les banlieues voisines.


Le Sillon de Bretagne et l'hypermarché Record


Dans toute la France, les centres commerciaux vont drainer la clientèle. Ils s'installent le long des grandes voies de circulation, dans des zones qui permettent éventuellement d'agrandir les bâtiments et le parking. Les centres ne cherchent pas à s'inscrire dans le paysage. Le centre commercial de Beaulieu près de La Rochelle est situé entre une voie rapide et des lignes à haute tension.


Beaulieu, centre commercial


Ces grands centres se dotent rapidement de cafeterias et de self-services dont le décor se veut plus soigné. L'orange, couleur phare des années 70, domine dans ce restaurant.


Cafeteria Euromarché, Limoges


Chaque ville veut un centre plus gros, plus imposant que celui de la ville voisine. C'est une course au gigantisme. Elle semble gagnée par le centre Cap 3000 de Saint-Laurent du Var, proche de Nice, qui se proclame « Le plus grand centre commercial d'Europe ». Il est inauguré le 21 octobre 1969. Construit en bord de mer, il est proche de l'aéroport de Nice qu'on aperçoit à gauche de la carte postale. A cette époque, la protection des littoraux n'est pas une priorité.


Centre commercial Cap 3000, Saint-Laurent du Var


Les banlieues parisiennes ne sont pas en reste. Au début des années 70, des villes nouvelles sont construites en périphérie de la capitale. Créteil Soleil, qui comprend une grande enseigne et une galerie commerciale, est intégré à la ville nouvelle de Créteil. Edifié en bordure d'un lac de 42 hectares et inauguré en 1974, c'est un des plus grands centres commerciaux français.


Centre commercial Créteil Soleil, ville nouvelle de Créteil


Les centres villes gardent leurs commerces traditionnels dans un cadre préservé. L'hypermarché, rejeté à la périphérie, fait partie d'un autre monde. Il n'est cependant pas très loin, surtout dans les petites villes touristiques et on peut apprécier, vu du ciel, le contraste entre les villas dans la forêt de pins et le Géant Casino de Saint-Tropez, qui sort tout juste de terre.


Saint-Tropez, centre commercial GéantCasino


Les sites les plus remarquables ne sont pas épargnés. Un centre commercial est édifié à la Pointe du Raz. Il faudra attendre 1994 pour que les élus décident des mesures de protection du littoral et déplacent le centre et l'hôtel 800 mètres plus loin.


La Pointe du Raz


Sous ce nouvel angle, on perçoit mieux le côté totalement incongru de ce genre de construction. Défigurer un site unique, voilà une question qui ne se posait pas à l'époque.


Les hypermarchés et les grands centres commerciaux vont continuer à se développer et à séduire la clientèle. C'est au tournant des années 2010 que les consommateurs, tout en maintenant leur fréquentation, deviennent plus critiques et, progressivement, remettent au cause ce modèle.





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